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Mon locataire a le syndrome de Diogène, que faire ?

Le syndrome de Diogène désigne un trouble du comportement entraînant une négligence extrême de l’hygiène personnelle et du logement. Un locataire atteint de ce syndrome peut accumuler des déchets, laisser l’appartement se dégrader fortement, voire devenir un danger pour lui-même et les autres occupants de l’immeuble. Pour un propriétaire, il est essentiel de savoir identifier la situation et agir rapidement pour protéger son bien et préserver la tranquillité des voisins. Dans les cas les plus extrêmes, l’expulsion devient impérative. Mais comment procéder ?

🧠 Qu’est-ce que le syndrome de Diogène ?

Le syndrome de Diogène est défini comme un trouble du comportement caractérisé par une négligence extrême de l’hygiène corporelle et domestique, souvent associée à un comportement d’accumulation compulsive. Ce syndrome, identifié pour la première fois dans les années 1970, n’est pas une pathologie en soi, mais plutôt un ensemble de symptômes, fréquemment lié à des troubles psychiatriques sous-jacents comme la dépression, la démence, les troubles obsessionnels ou encore certaines formes de schizophrénie. Il touche principalement des personnes âgées vivant seules, mais peut aussi concerner des adultes plus jeunes, notamment en situation d’isolement social.

Comment reconnaître le syndrome de Diogène chez un locataire ? Les signes peuvent passer inaperçus longtemps, surtout si le locataire est discret ou refuse l’accès au logement. Voici les indicateurs les plus fréquents :

  • Refus systématique d’ouvrir la porte pour les visites ou contrôles
  • Odeurs nauséabondes émanant du logement
  • Accumulation visible d’objets ou de déchets
  • Plaintes du voisinage (insectes, nuisances, insalubrité)
  • Dégradation anormale ou accélérée du logement

Le comportement du locataire peut aussi alerter : isolement social, absence de soins, discours incohérents ou paranoïa peuvent accompagner ce trouble.

🚨 Des risques pour l’immeuble et la copropriété

Lorsque le logement devient insalubre, ce ne sont pas uniquement les lieux privés qui sont impactés. Les mauvaises odeurs, les infiltrations ou encore la prolifération de nuisibles peuvent affecter les logements voisins. Dans certains cas, des fuites d’eau ou des risques d’incendie sont possibles, à cause de l’encombrement excessif. Le syndic peut alors être contraint d’agir, et le propriétaire mis en cause pour troubles de jouissance envers les autres copropriétaires. Il est donc dans l’intérêt de tous d’intervenir rapidement.

⚖️ Comment expulser un locataire atteint du syndrome de Diogène ?

Voici la démarche que nous vous recommandons de suivre :

  1. Constater les manquements du locataire
    Délai : immédiat dès les premiers signaux
    Il est fondamental de documenter précisément l’état du logement. Faites intervenir un huissier de justice pour établir un constat officiel. Vous pouvez aussi solliciter les services d’hygiène de la mairie ou l’ARS si le logement présente un risque sanitaire. Plus le dossier est solide, plus la procédure sera efficace.
    👉 Conseil : Prenez des photos datées, recueillez des témoignages écrits de voisins ou du syndic si possible.
  2. Envoyer une mise en demeure
    Délai : dans les jours suivant le constat
    La mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec AR, rappelant au locataire ses obligations d’entretien et l’état constaté du logement. Fixez un délai raisonnable (15 à 30 jours) pour réagir.
    👉 Conseil : Conservez une copie datée de cette lettre. Cela pourra appuyer votre bonne foi devant le juge.
  3. Délivrer un commandement de faire (facultatif mais recommandé)
    Délai : immédiatement après la mise en demeure restée sans effet
    Ce document, rédigé par un huissier, renforce la valeur juridique de votre démarche. Il donne un dernier délai au locataire pour se mettre en conformité, généralement 1 mois.
    👉 Conseil : Bien qu’il ne soit pas obligatoire, ce commandement montre au juge que vous avez tenté une résolution amiable.
  4. Saisir le tribunal judiciaire
    Délai : 1 à 2 mois après l’échec des démarches amiables
    Vous pouvez alors engager une action en justice auprès du tribunal judiciaire du lieu de situation du logement. Il faut joindre l’ensemble des preuves (constat, échanges, photos, rapports, etc.).
    👉 Conseil : Faites-vous accompagner par un avocat, surtout si la situation médicale du locataire est susceptible d’être invoquée en défense.
  5. Obtenir un jugement d’expulsion
    Délai : 3 à 6 mois en moyenne (selon la juridiction)
    Le juge examine l’affaire au fond : gravité des faits, respect des droits du locataire, éventuelles pathologies, et urgence de la situation. Il peut prononcer la résiliation du bail et ordonner l’expulsion avec ou sans délai.
    👉 Conseil : Si vous êtes confronté à un comportement dangereux ou une insalubrité grave, insistez sur le caractère préjudiciable pour les tiers (voisins, copropriété).
  6. Demander l’intervention d’un huissier
    Délai : dès que le jugement est définitif
    L’expulsion ne peut être mise en œuvre qu’après un délai de 2 mois laissé au locataire pour quitter les lieux, sauf si le juge a ordonné l’exécution immédiate. Si le locataire reste, l’huissier doit demander le concours de la force publique à la préfecture, ce qui peut prendre plusieurs semaines.

🧼 Nettoyage et remise en état : à qui faire appel ?

Une fois le logement récupéré, il est rarement habitable en l’état. Il faut souvent envisager :

  • Le nettoyage extrême (désinfection, débarras, désinsectisation, décontamination)
  • Des travaux de remise en état (plomberie, électricité, peintures, remplacement des sols)
  • L’intervention d’une entreprise qui propose des services nettoyage de syndrome de Diogène (si, si, ça existe !)

Certaines entreprises proposent des prestations complètes, avec traitement anti-odeurs, évacuation des objets contaminés, et remise en conformité du logement. Elles disposent aussi de l’équipement adapté pour intervenir en toute sécurité.

💰 Prix moyen : entre 25 et 60 €/m² selon le degré d’insalubrité. Le coût peut atteindre quelques milliers d’euros pour un logement très dégradé.

🧾 Peut-on récupérer les frais engagés ?

Lorsque le logement a été fortement dégradé, le propriétaire cherche logiquement à limiter les frais à sa charge. La première piste consiste à conserver le dépôt de garantie, à condition bien sûr que celui-ci n’ait pas encore été restitué au locataire. Ce montant peut aider à couvrir une partie des frais engagés, mais il reste souvent insuffisant face à l’ampleur des travaux à prévoir.

Il est également recommandé de vérifier si le contrat d’assurance comporte une garantie loyers impayés (GLI) incluant les dégradations locatives. Certaines assurances prévoient en effet des indemnisations dans ce type de situation, ce qui peut grandement soulager le bailleur.

Sur le plan juridique, engager la responsabilité du locataire est une autre option, mais elle se révèle complexe, surtout si le trouble de la personne est médicalement reconnu. Dans certains cas, une action en justice peut être envisagée si le locataire est considéré comme apte à répondre de ses actes. Néanmoins, ce type de procédure aboutit rarement à une indemnisation effective.

Enfin, il est utile de se renseigner auprès des services municipaux ou départementaux. Certaines collectivités locales proposent des aides au financement de la remise en état d’un logement reconnu insalubre. Ce soutien reste variable selon les territoires, mais il peut représenter un coup de pouce non négligeable.

💡 Bon à savoir : l’ANAH (Agence nationale de l’habitat) ou certaines mairies peuvent accorder des aides aux propriétaires bailleurs pour financer les travaux de salubrité. Ce type de dispositif dépend souvent des conditions de ressources et d’un engagement de mise en location après réhabilitation.

🧠 Prévenir, c’est mieux : que faire en amont ?

Adopter une approche préventive reste le meilleur moyen d’éviter qu’une situation de syndrome de Diogène ne dégénère. Pour cela, le propriétaire peut insérer dans le bail une clause de visite annuelle, qui lui permet — avec l’accord du locataire — de vérifier l’état général du logement une fois par an. Ce type de clause, parfaitement légal si elle est acceptée à la signature du contrat, doit cependant respecter le droit à la vie privée du locataire. Le propriétaire devra le prévenir au minimum deux semaines à l’avance, et ne pourra en aucun cas entrer dans les lieux sans son accord, sous peine de violer le domicile (ce qui constitue une infraction pénale).

Par ailleurs, une assurance adaptée contre les dégradations anormales peut aider à protéger le bailleur en cas de litige.

Être à l’écoute des voisins peut également fournir des signaux d’alerte utiles. Des odeurs persistantes, des nuisibles, ou un comportement inhabituel du locataire doivent inviter à la vigilance. Une intervention rapide peut souvent éviter une dégradation lourde, longue et coûteuse à réparer.

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2 réflexions sur “Mon locataire a le syndrome de Diogène, que faire ?”

  1. Virginie jarousseau

    Je loue deux petits studios dans ma résidence principale, depuis 3 jours le courant n’arrête pas de sauter j’ai fait venir une entreprise qui a vérifié toute mon installation électrique ainsi que celle d’un des studios mais dans le second le locataire ne veut pas nous laisser entrer pour vérifier les prises, vu son comportement et les odeurs nauséabondes qui sortent de ce studio je pense que ce locataire a le syndrome de Diogène je ne l’ai jamais vu une seule fois sortir une poubelle en 5 ans donc j’ai bien peur que le studio soit rempli d’ordures. Les locataires d’à côté se plaignent des odeurs ainsi que des nuisibles point que puis-je faire pour pouvoir vérifier l’électricité dans son logement vu que je n’ai pas le droit d’y rentrer sans son autorisation.
    Cordialement

    1. Bonjour, dans votre situation, même si le logement fait partie de votre résidence principale, vous ne pouvez pas entrer chez votre locataire sans son accord, sauf en cas d’urgence avérée (incendie, fuite de gaz, etc.). Cependant, des pannes électriques répétées pouvant affecter la sécurité du bâtiment peuvent justifier une intervention. Commencez par lui adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec AR, en l’invitant à vous laisser accéder au logement pour une vérification urgente. S’il persiste à refuser, vous pouvez saisir le juge pour demander une autorisation d’accès. Par ailleurs, si les nuisances (odeurs, nuisibles) affectent les autres occupants, vous pouvez également alerter la mairie ou l’ARS (Agence Régionale de Santé), qui pourra diligenter une enquête et éventuellement engager des mesures d’hygiène.

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