DPE : votre logement va (peut-être) changer de note en 2027

Un arrêté du ministère de la Ville et du Logement vient de confirmer que le coefficient de conversion utilisé pour calculer le DPE allait être revu à la baisse. Une mesure technique en apparence, mais qui devrait concrètement améliorer la note énergétique de nombreux logements chauffés à l’électricité.

📘 Pourquoi ce coefficient de conversion est-il important ?

Le diagnostic de performance énergétique (DPE) attribue à chaque logement une note allant de A (très performant) à G (passoire thermique), en fonction de sa consommation d’énergie. Cette note s’appuie en partie sur un calcul en énergie primaire, c’est à dire l’énergie mobilisée en amont pour produire ce que le logement consomme réellement (l’énergie finale). Pour convertir l’une en l’autre, chaque source d’énergie se voit appliquer un coefficient de conversion. Pour le gaz ou le fioul, ce coefficient est resté fixé à 1. Pour l’électricité, en revanche, il a beaucoup varié dans le temps, et c’est justement ce qui change aujourd’hui.

📄 Ce que change l’arrêté

Le texte fait passer ce coefficient de 1,9 à 1,7 pour l’électricité, aussi bien dans les DPE que dans les audits énergétiques. Son entrée en vigueur est fixée au 1er janvier 2027.

Concrètement, un logement chauffé à l’électricité verra sa consommation en énergie primaire recalculée à la baisse, sans qu’aucun travaux ne doive être réalisé. Cela peut suffire à faire gagner une lettre à certains logements, notamment ceux situés à la frontière entre deux classes.

L’arrêté prévoit aussi une mesure pratique : la possibilité de télécharger gratuitement une attestation de changement d’étiquette pour les DPE et audits réalisés avant l’entrée en vigueur du nouveau coefficient, via l’observatoire de l’Ademe, sans avoir à refaire établir un diagnostic complet.

🕰️ Un coefficient hérité d’une autre époque

Pour comprendre pourquoi ce chiffre bouge autant ces dernières années, il faut revenir à son origine. Comme le rappelle Christophe Demerson, ancien président de l’UNPI, sur Linkedin, ce coefficient résulte d’une convention statistique adoptée en 1972, à une époque où l’électricité produite en France comptait encore une part significative d’origine thermique (fioul, charbon), avec un rendement moyen des centrales alors estimé à 39 %. C’est ce mode de calcul qui avait conduit à fixer, historiquement, un coefficient de 2,58.

Ce chiffre est resté inchangé pendant des décennies, jusqu’à un premier ajustement en 2022, ramenant le coefficient à 2,3, puis un nouveau palier le 1er janvier 2026, avec un abaissement à 1,9. L’arrêté actuel constitue donc la troisième révision en quelques années :

PériodeCoefficient
Avant 20222,58
20222,3
Juillet 20251,9
1er janvier 20271,7

⚛️ Le nucléaire, grand oublié du calcul énergétique

Sur le fond, ce débat dépasse la seule technique statistique. Le coefficient de 2,58, puis 2,3, a longtemps été critiqué comme une anomalie : il pénalisait une énergie, l’électricité, devenue en France très majoritairement décarbonée grâce au parc nucléaire, en la traitant comme si elle provenait encore, pour une bonne part, de centrales thermiques au fioul ou au charbon.

Des dizaines de milliers de logements chauffés à l’électrique se sont ainsi retrouvés classés F ou G, non pas parce qu’ils consommaient réellement beaucoup d’énergie primaire décarbonée, mais parce que la méthode de calcul appliquait un facteur hérité d’un mix énergétique qui n’existe plus. La baisse progressive du coefficient, de 2,58 à 1,7 en l’espace de quelques années, peut donc se lire comme une correction de cette distorsion, plutôt que comme un simple assouplissement réglementaire.

Cette lecture n’est pas partagée par tous : certains acteurs de la rénovation énergétique estiment que la baisse du coefficient masque des enjeux de consommation réelle et pourrait ralentir la dynamique de rénovation des logements les plus énergivores, quelle que soit leur source de chauffage. Le débat reste donc ouvert sur le plan technique.

Abaissement du coefficient de conversion de l’électricité : vraie nécessité ou tour de passe-passe ?

🏘️ Combien de logements concernés ?

Selon la fiche d’impact annexée au projet d’arrêté, cette réforme « aura pour effet mécanique d’améliorer la note DPE d’un nombre significatif de logements », avec une réduction de 14 % du nombre de passoires énergétiques dans le parc locatif privé, soit environ 125 000 logements.

À noter : certains représentants de propriétaires avancent des estimations plus larges, évoquant plus d’un million de logements concernés au global. Ce chiffre englobe vraisemblablement l’ensemble du parc de logements, occupés par leur propriétaire ou loués, et non le seul parc locatif privé visé par la fiche d’impact officielle. Les deux chiffres ne mesurent donc pas tout à fait la même chose, mais tous deux vont dans le même sens : un nombre significatif de logements chauffés à l’électricité devrait changer de catégorie.

🔑 Quel peut être l’impact de ce changement ?

Pour les propriétaires, cela peut vouloir dire une sortie du statut de passoire thermique et la fin des restrictions de mise en location associées. Pour les locataires et futurs locataires, cela peut élargir l’offre de logements disponibles sur le marché, notamment des studios ou petites surfaces souvent équipés de convecteurs électriques.

Reste à suivre la publication définitive de l’arrêté au Journal officiel, ainsi que son articulation avec le projet de loi de relance et de décentralisation du logement, actuellement en discussion au Sénat, qui prévoit lui aussi un assouplissement des règles applicables aux passoires thermiques.

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