En seize ans, la location meublée a profondément transformé l’offre locative privée en Île-de-France. Entre 2006 et 2022, le nombre de logements loués sous ce régime a été multiplié par 2,4 à l’échelle régionale, selon une étude publiée le 7 mai 2026 par L’Institut Paris Region. Sa part dans l’offre locative privée totale est passée de 11 % à près de 23 %, pendant que l’offre louée vide ne progressait, elle, que de 2,4 %. Un rééquilibrage spectaculaire, mais qui soulève une vraie question : ce basculement vers le meublé est-il le fruit d’une demande réelle, ou d’un simple effet d’aubaine fiscale ?
Sommaire
🗺️ Des progressions spectaculaires
Le graphique départemental ne laisse pas de place au doute sur l’ampleur du phénomène : sans exception, tous les territoires franciliens ont vu la part du meublé au moins doubler entre 2006 et 2022. Paris reste en tête avec 29,8 % de son parc locatif privé désormais loué meublé (contre 14,2 % en 2006), mais la progression est tout aussi frappante en petite couronne, où le Val-de-Marne atteint 22,9 %, les Hauts-de-Seine 21,5 % et la Seine-Saint-Denis 20,2 %. Les départements de grande couronne, partis de niveaux plus bas (autour de 6,5 % à 8,9 %), dépassent désormais tous les 15 %, avec l’Essonne et le Val d’Oise à 17,5 %.

🔍 Pourquoi cette explosion des locations meublées ?
L’étude identifie deux causes. D’un côté, le développement en construction neuve de produits spécifiques (résidences étudiantes, résidences seniors, coliving) ciblant des publics précis. De l’autre, et c’est là que le bât blesse, un glissement progressif d’une partie du parc existant vers le régime meublé, directement alimenté par une fiscalité avantageuse.
🏠 Une offre qui se rétracte pour les familles
Ce déséquilibre fiscal a eu des conséquences concrètes sur la nature de l’offre. 56 % des locations meublées sont des studios, contre 22,5 % des locations vides. Au total, plus de huit logements meublés sur dix ne comptent qu’une ou deux pièces. Les studios meublés représentent désormais près de 13 % de l’offre locative privée francilienne, et même 17 % à Paris, contre moins de 7 % seize ans plus tôt. Pendant ce temps, l’offre de grands logements familiaux de 4 pièces et plus recule, ne représentant plus que 14,5 % du parc locatif privé régional contre 16,8 % en 2006.
⚖️ Le dispositif Jeanbrun, aveu d’un déséquilibre
C’est précisément ce déséquilibre que le législateur a cherché à corriger avec le dispositif Jeanbrun, introduit par l’article 47 de la loi de finances pour 2026. Partant du constat que le régime fiscal applicable à la location nue est moins favorable que celui applicable à la location meublée, le législateur a voulu inverser les logiques fiscales en introduisant pour la première fois un mécanisme d’amortissement en location nue, en contrepartie d’un engagement de 9 ans et de loyers plafonnés. La création de ce dispositif est en elle-même un aveu : si le meublé a autant progressé, c’est aussi parce que la fiscalité y poussait les bailleurs, indépendamment de toute considération sur les besoins réels des locataires.
Actuellement en MBA Marketing Digital et en alternance chez LocService, je participe à la stratégie de communication digitale, entre création de contenus, gestion des réseaux sociaux et relation client.
